Durant 2 jours, j'ai eu le plaisir d'animer un séminaire de communication orale à Casablanca, auprès de dirigeants marocains.
Ces voyages sont toujours une grande source d'enrichissement personnel, d'autant que 3 cultures étaient représentées:
- la marocaine, bien sûr
- la vietnamienne, car mon collègue consultant a vécu toute son enfance à Saïgon;
- et la française, en quelque sorte, en synthèse des autres, puisque, outre mon appartenance à cette nation, les marocains et mon ami vietnamien ont été imprégnés de notre culture.
Ce court séjour à Casablanca a été pour moi source de plusieurs étonnements:
- maîtrise des langues, multiculturel
comme à chaque fois que je me rends dans le Royaume chérifien, je suis toujours admiratif de voir avec quelle facilité les dirigeants marocains maîtrisent les subtilités de la langue française:
c'est une chose de parler couramment une langue, c'en est une autre d'en comprendre parfaitement les nuances;
ce n'est pas un hasard si la plupart de l'élite économico-politique se forme en France ou à l'étranger, après leurs études au Maroc et si nombre d'entre eux travaillent à l'étranger avant de
revenir.
quand on sait que ces entrepreneurs parlent également très bien la langue de Shakespeare, on mesure la marge de progression de nos écoliers en France ...
- force du mental
l'un de nos stagiaires, cadre dirigeant d'une belle PME informatique, a raconté comment sa société comptait maintenant parmi ses clients prestigieux une banque...japonaise !!
et de nous parler de son approche commerciale, soignant sa préparation mentale, lorsqu'il se rend auprès d'un nouveau client étranger: j'essaye de m'imaginer l'idée qu'il se fait de mon
pays: le tourisme, les dunes de sable de Marrakech, l'économie essentiellement agricole, ... de façon à mieux le préparer à ma réalité: nous vendons nos logiciels aux quatre coins
du monde, à des groupes aussi puissants que la Société Générale ou des mutinationales.
- vision
le même stagiaire, Mohammed, racontait comment sa société avait été une des premières du monde à investir à Dubaï il y a 12 ans: son Président et lui arrivent dans un "data center", bureau
quasi-vide créé au milieu de nul part, c'est-à-dire au milieu des sables...
il se tourne alors vers son Président et lui dit: mais pourquoi Ahmed, tu nous as amené ici? il n'y a rien à faire !...
son président lui répond: j'ai rencontré les dirigeants de ce pays: ils m'ont décrit dans le détail ce qu'ils allaient faire pour développer l'économie, pour y amener des investisseurs,
pour en faire une des grandes régions touristiques du Moyen Orient et ils sont tellement enthousiastes qu'ils m'ont convaincu d'investir ici.
Effectivement, le pays s'est considérablement transformé et, d'un endroit désertique, ces dirigeants en ont fait une des premières destinations touristiques avec 5 millions de visiteurs par an !
(soit plus que le Maroc actuellement...)
- travail
enfin, au retour, ramené à l'aéroport par Rachid, le dynamique chauffeur de l'APD, j'ai eu droit à la traditionnelle perception des Français par les autres nations: ils sont sympas, mais
perpétuellement insatisfaits ! ça me donne mal au coeur quand je vois les avantages que vous avez: sécurité sociale, salaires, travail protégé, 35 heures, etc... et que vous vous plaignez
tout le temps .
_ oui.dis-je alors,mais les Français savent aussi se bouger..."
_ "oui, ils se bougent pour la grêve !" renchérit mon interlocuteur !...
La maîtrise des langues, c'est aussi l'ouverture aux autres et dans le cas des Marocains, utiliser l'héritage colonial pour en faire une opportunité;
la force du mental, c'est la condition nécessaire à toute personne qui veut réussir;
la vision, c'est à la fois le moteur et le combustible
croire en la vertu du travail, c'est la condition préalable à toute réussite.
Rentré à Bordeaux, je me dis que les Marocains que j'ai rencontrés savent bien optimiser l'héritage de la France et que nous serions avisés d'en faire un partenaire commercial plus important! ...
pourvu qu'ils ne se mettent pas aux 35 heures !!!
Casablanca-Bordeaux
par Christophe
Formidable témoignage ! merci Christophe de nous rappeler que le monde bouge, que les pays que nous aurions facilement tendance à prendre de haut sont en train de nous passer devant dans
nombre de secteurs par leur travail, leur opiniatreté, leur volonté de réussir, alors que nous sommes souvent englués dans nos revendications stériles et nos positions de principe. Il est
intéressant d'avoir en tête par exemple, au moment où le débat pour la réforme des retraites achoppe sur le fait de savoir s'il faut passer progressivement de 60 à 61 ans l'âge moyen de départ à
la retraite en France, que cet âge moyen est de 69 ans en Allemagne, avec une retraite équivalant à 47% en moyenne du dernier salaire, alors que cet âge est de 59 ans avec 97% du dernier
salaire...en Grèce !!! Tout dépend quel chemin on veut suivre : un chemin ambitieux de développement économique basé sur le travail, la formation, l'adaptation aux autres cultures avec humilité
et détermination, ou bien un repli stérile sur nos acquis sociaux au mépris de tous les impératifs économiques et démographiques, qui nous condamne à devenir peu à peu un partenaire de second
choix, discrédité un peu partout. Cette image d'une France toujours en grève est très largement répandue, et se cumule avec celle d'une France perçue comme souvent arrogante, vivant sur son
prestige passé mais incapable de s'adapter aux nouvelles réalités du monde. Tu as bien raison de mettre en évidence que nous voisins méditérannéens se bougent beaucoup et finissent par conquérir
de bonnes positions dans certaines niches aujourd'hui, dans des secteurs clés demain, grâce à un état d'esprit plus conquérant que le nôtre.
Florence Deletang
Chère Muriel, cher Christophe,
Vous vous interrogez tout d'abord sur le réalisme de la formule : l'Homme au cœur de l'Entreprise.
Sur ce premier point, rassurez-vous, la réponse est évidente et légitime - si besoin était - votre quête.
Un raisonnement par l'absurde des plus rudimentaires devrait suffire à convaincre les plus récalcitrants.
De sa trivialité, veuillez me pardonner, mais puisqu'il faut que notre cervelle dégénérée se posât encore de telles questions, je me lance...
Si pas d'homme au cœur de l'entreprise, pas d'entreprise !
D'entreprise d'hommes, j'entends, étant entendu que l'on se contrefiche ici pas mal des entreprises d'autres espèces (la meute de loups qui cherche pitance, la colonne de fourmis qui construit une digue, etc.) qui ne déméritent pourtant nullement et n'ont souvent aucunement à pâlir devant les nôtres, sur les questions d'éthique notamment, mais c'est là une toute autre histoire...
Les puristes rétorqueront que le fait que toutes les entreprises (d'hommes !) connues aient des hommes et donc l'Homme en leur sein, ou plutôt en leur cœur comme vous dites, ne prouve pas que toutes les entreprises en aient... des hommes au cœur, vous suivez ? C'est l'histoire du cygne noir et des cygnes blancs, sur laquelle je ne vais pas m'étendre.
Laissez ceux-là à leurs pirouettes et continuons avec le plus grand nombre qui s'accordera, non sans peine, sur l'idée que : "qui dit Entreprise dit Homme". Et inversement ?
Alors pourquoi cette question ?
Et bien peut-être parce qu'au sein du système (au cœur direz-vous encore, c'est une manie ?) d'hommes et de femmes qui la constitue et dans lequel évolue cette entreprise, actionnaires dirigeants salariés clients fournisseurs, reliés les uns aux autres par drôle de bobine de fil, vu de l'intérieur comme de l'extérieur, l'équité de traitement fait parfois tellement défaut, que l'on en vient à se demander si tous sont bien au cœur de l'entreprise, ou bien si certains ne sont pas plutôt traités comme des pieds, et donc seulement à la botte de l'entreprise !
Pourtant, les pieds sont au cœur du corps, n'est-ce pas ? De plus, sans pied, l'entreprise aura du mal à marcher... poil au nez ? On marche vraiment sur la tête...
Si l'entreprise est un corps, les hommes et les femmes qui la constituent en sont bel et bien les membres !
Que le méchant actionnaire l'ait oublié l'espace d'un instant ? Probable... Mais l'a-t-il fait contre les salariés de l'entreprise ? Il y a de grandes chances que non. Il l'a sûrement fait pour deux raisons très simples, qui souvent nous motivent, et donc nous mettent en mouvement. La première, pour la satisfaction des besoins de sa famille, de ses enfants... La seconde ? Parce qu'on lui a permis, que dis-je, offert la possibilité, vanter les mérites de l'opération !
Que l'abject dirigeant qui roule sur l'or et en jaguar l'ait oublié également ? Combien sont-ils dans ce cas ? Pour ceux-là, croyez-vous qu'il soit facile de renoncer à ce qui vous est gracieusement porté sur un plateau d'argent ? Que diront sa femme et ses pairs et ses parents, lorsqu'il leur annoncera par communiqué de presse un matin : "ça suffit ! J'ai tout plaqué, ou presque, je renonce à tous mes avantages et entends continuer mon action - si les salariés m'en jugent digne - en ne gagnant plus - comme eux - qu'un SMIC et pis c'est tout; comme dirait l'autre !" Là encore, le système, rien de plus, ou presque... Les plus sages de son entourage se réjouiront pour lui... Jusqu'au moment pour la plupart, où ils en auront assez de faire les poubelles de supermarché pour garnir leur dernière assiette en porcelaine..
Changer le système ? Donner le moyen à ce patron de dire à ses jeunes enfants : "Papa travaille plutôt avec sa tête, d'autres surtout avec leur cœur, d'autres enfin principalement avec leurs bras, et nous sommes tous payés en proportion du temps passé à réaliser cette entreprise, ce bel ouvrage".
Seront-ils choqués ? Diront-ils "Papa est devenu fou ou a viré co-co" ? Pensez-vous un instant qu'ils bêleront : "ce Papa, quel idéaliste ?!" Non, et vous le savez bien même si cela fait froid dans le dos (c'est la conscience qui s'éveille), ils trouveront cela tout à fait normal, ces enfants, nos enfants, ils souriront même - peut-être - en se disant que tout cela est très bien ainsi, et feront de beaux rêves cette nuit-là !
Dites-leur à présent que leur père gagne cent fois plus que cet autre qui travaille avec lui, au motif qu'il a étudié plus longtemps et à plus de responsabilité. Justifier par la même que cet autre n'est pas de toit et peine à nourrir ses enfants. Si ce n'est pas tout à fait normal, si cela sonne faux, dites-lui enfin que c'est en tout cas une bonne leçon de vie, et qu'il faut bien travailler à l'école parce que l'acharnement et le mérite, ça paie...
Vous ferez alors de vos enfants ce que nous sommes, ce que nous sommes devenus : des têtes creuses et des cœurs vides ! Mais voilà que je m'égare...
Comment mettre en œuvre cette utopie, demandiez-vous ? Pour cela, il n'est pas, je crois, nécessaire de changer de grand méchant système, Dieu merci !
Pourquoi ?
Parce que le premier système à vous rendre la vie telle qu'elle vous paraît est en vous-même ! Et que donc, armé d'une once de prise de conscience et d'un zeste de courage, vous pourrez faire en sorte, non pas dans l'entreprise du voisin ou dans celle de France et de Navarre, mais déjà dans la vôtre, que chacun ait une place qui lui permette de parler avec ses enfants de son travail, la tête haute et le cœur battant.
Comment ?
Ce n'est pas si compliqué, foi de volaille !... Pour autant, que vous soyez motivés, prêts à mettre vos trippes sur la table plutôt que celles d'autrui, prêt à employer toute votre énergie, non pas pour vous lamenter et déblatérer sur un système qui marche sur la tête, ce qu'il fait à n'en point douter vu d'en haut, mais simplement pour rectifier le tir, si besoin, à votre échelle, celle de bois brut qui ne dépend que de vous !
Vos enfants vous regarderont alors d'un autre œil, ce qui en soit devrait déjà en motiver un bon quart sud ouest ! Mais vous vous apercevrez aussi peut-être de surcroît, gonflés comme un coq devant une poule d'une indicible joie, que croissent en vous confiance, champs d'action et rayonnement, agités que vous serez de partager ces idées simples et belles .